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Mon enfant dit qu’il veut mourir :

comment comprendre et réagir ?

C’est une scène qu’un certain nombre de parents me rapportent en consultation. En pleine dispute, leur enfant de six, huit ou dix ans leur lance : « Je veux mourir ! » ou « J’aurais préféré ne jamais naître ! ». La phrase sidère. Elle laisse les parents entre l’effroi et l’incompréhension. Ces mots ne doivent jamais être pris à la légère. Mais, le plus souvent, ils ne disent pas ce que l’adulte entend. Pour les comprendre, il faut savoir ce que la mort représente pour un enfant selon son âge, et ce qu’il cherche à exprimer à travers elle.

Une compréhension de la mort qui se construit progressivement

Le concept de mort ne s’acquiert pas d’un coup. Il se construit autour de plusieurs dimensions :

  • l’irréversibilité : on ne revient pas de la mort 
  • la non-fonctionnalité : un corps mort ne respire plus, ne ressent plus, ne pense plus 
  • l’universalité : tous les êtres vivants meurent, y compris soi-même et ses parents 
  • plus tardivement, la causalité : on meurt de quelque chose.


Avant 6-7 ans, la mort reste abstraite. Le jeune enfant joue à mourir : il fait semblant d’être mort, puis se relève. Il imagine que l’on part au ciel ou dans les étoiles, que l’on dort très longtemps. Rien n’est définitif : la personne morte pourrait revenir, on pourrait la revoir. Le magique et le réel se mêlent encore, comme dans toute la pensée de cet âge.

C’est vers 6-7 ans, avec l’entrée dans la pensée logique concrète, que l’enfant comprend que la mort est irréversible et que le corps cesse de fonctionner. L’universalité s’affirme plus progressivement. À 7 ou 8 ans, l’enfant peut encore penser que la mort concerne surtout les personnes âgées ou malades, et s’en croire lui-même protégé. La conception complète, qui inclut sa propre finitude et la compréhension des causes, se consolide vers 9-10 ans.

Ces repères varient selon l’histoire de chaque enfant. Un deuil, la maladie d’un proche ou la mort d’un animal peuvent accélérer cette compréhension. Le contexte familial, culturel et religieux façonne aussi la manière dont il se représente « l’après ».

Il en découle une idée essentielle. Un enfant de cinq ans qui dit vouloir mourir n’en mesure pas le caractère définitif. À sept ou huit ans, il commence à le savoir, et c’est justement ce savoir encore neuf qu’il met à l’épreuve dans la colère.

Une phrase dite dans le débordement émotionnel

La colère de l’enfant est une émotion massive, qu’il ne parvient pas encore à réguler. Ses capacités d’inhibition, qui permettent de différer une réaction et de choisir ses mots, sont en cours de maturation. Sous l’effet de l’impulsivité, il cherche le mot le plus fort dont il dispose pour dire l’intensité de ce qu’il vit.

« Je veux mourir » signifie alors le plus souvent : « Ce que je ressens est insupportable », « Tu ne me comprends pas », « Je ne sais plus quoi faire de cette colère », “je suis triste”…

La colère n’est cependant pas toujours seule en cause. Ces mots peuvent aussi exprimer une souffrance, une tristesse profonde, parfois un véritable fond dépressif. L’enfant ne voit alors pas d’autre issue pour sortir de ce qu’il traverse. C’est pourquoi il est essentiel d’écouter ce qui se dit derrière la colère apparente.

Interroger l’irréversibilité et éprouver sa place dans la famille

Ces paroles ont aussi une fonction d’exploration. En évoquant sa propre mort, l’enfant met à l’épreuve ce qu’il comprend de son caractère définitif. Il cherche à affirmer ou à confirmer ce savoir encore fragile.

Derrière la phrase peut aussi se cacher, de manière consciente ou inconsciente, la représentation de sa propre absence, la place qu’il a dans sa famille : « Qu’est-ce que ça ferait si je n’étais plus là  ou si je n’étais pas né » L’enfant peut fantasmer parfois la réaction de ses parents et interroge ainsi le lien dans la famille, la valeur qu’il a à leurs yeux. 

Réaffirmer le lien inconditionnel

Après un conflit où l’enfant a pu dire des choses peu agréables à entendre pour un parent comme « je te déteste » «  vous êtes les pires parents du monde »; alors l’enfant doute souvent : « Si je suis méchant, est-ce que tu m’aimes encore ? ». Le moment de la colère réveille la crainte de perdre l’amour de ses parents. Un enfant en colère n’est pas un enfant méchant, c’est un enfant qui exprime son émotion de façon parfois violente. La colère dit qu’il n’est pas d’accord. La colère du parent le dit aussi, cela ne fait pas des personnes méchantes pour autant.

Le message le plus important à lui transmettre est que l’amour parental ne se mérite pas et ne se retire pas. On peut être en colère contre lui, désapprouver fermement son comportement, poser une sanction, et l’aimer tout autant. 

Distinguer l’acte de la personne permet à l’enfant de se sentir en sécurité, même lorsqu’il a dépassé les limites. Lui dire que rien ni personne ne pourrait le remplacer, répond directement à la question qu’il n’a pas su formuler. Il a sa place, il est aimé même lorsqu’il est en colère.

Ce lien inconditionnel vaut aussi dans l’autre sens. L’enfant peut détester ses parents dans l’instant et les aimer profondément. Cette ambivalence est normale. Lui dire qu’on sait qu’il nous aime, même quand il crie le contraire, l’aide à ne pas se sentir coupable de ses propres sentiments hostiles.

Comment réagir

Dans l’instant, il vaut mieux rester calme, sans surréagir ni ignorer. Facile à dire mais pas à faire me direz vous! Je suis d’accord, essayons donc de faire au mieux pour accueillir l’émotion seulement par cette phrase: « La colère est tellement forte en toi que les mots qui sortent sont très forts aussi. » Cette formulation situe la colère comme quelque chose que l’enfant traverse, et non comme ce qu’il est : la colère n’est pas identitaire. Il est inutile d’argumenter tant que l’enfant est submergé. Vous comme lui avez besoin d’une pause pour réguler vos émotions.

À distance de la crise, une fois que parents et enfant sont apaisés, il est important de reprendre ses mots : « Tout à l’heure, tu as dit que tu voulais mourir. Qu’est-ce que tu voulais dire ? » Poser la question directement ne donne pas l’idée à l’enfant. Au contraire, cela lui montre que l’on peut parler de tout et que ses paroles comptent. C’est aussi l’occasion de l’aider à trouver d’autres mots pour dire ce qu’il ressent, et de réaffirmer le lien. Certains parents ne sont pas à l’aise pour reparler de ces paroles qui ont été trop fortes à entendre pour eux. Alors, vous pouvez aussi dire plus simplement “la colère était trop trop forte tout à l’heure, c’était difficile à vivre pour tout le monde!” et on tente de commencer un dialogue la dessus.

Lorsque « je veux mourir »  a été prononcé; il vaut toujours mieux éviter les réponses qui disqualifient :« Arrête de dire des bêtises », « C’est du chantage ». Il faut aussi éviter d’exposer l’enfant à une panique parentale qu’il ne pourrait pas contenir. Il a déjà du mal à contenir sa propre émotion, alors contenir celle de son parent en plus complique les choses pour lui.

Quand faut-il s’inquiéter ?

Certains signes appellent une consultation sans attendre :

  • des propos sur la mort répétés en dehors des moments de colère ;
  • une tristesse ou une irritabilité durables, une perte d’intérêt pour ce qu’il aimait ;
  • des troubles du sommeil ou de l’appétit, un repli, une baisse scolaire inexpliquée ;
  • des propos précis sur la manière de mourir, ou des jeux et des dessins centrés de façon répétitive sur ce thème ;
  • des gestes de mise en danger ou des comportements où l’enfant se fait mal ;
  • un contexte particulier : deuil, séparation, harcèlement, violences.

Dans ces situations, parlez-en rapidement au médecin traitant, au pédiatre ou à un psychologue. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou rendez-vous aux urgences. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible 24 h/24 et répond aussi aux proches inquiets.

Ce que je propose

Je reçois les parents et les enfants confrontés à ces moments, au cabinet à Boulogne-Billancourt ou en visioconsultation.

Les consultations de guidance parentale permettent de reprendre ces scènes, de comprendre ce que l’enfant exprime et de trouver des réponses ajustées. Lorsque la colère, l’impulsivité ou la tristesse prennent trop de place, une psychothérapie de l’enfant peut être indiquée, associée si besoin à l’hypnose